Vérole, cancer et Cie
La société des maladies
De Gérard Lambert
Paru le : 22/01/2009
Editeur : Seuil
Collection : Scienc.ouv.
ISBN : 2020904861
EAN : 9782020904865
Nb. de pages : 304
Poids : 389 g
Dimensions : 14.4cm x 22cm x 2cm
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En voilà un titre ! Faites l'expérience : entrez dans une petite librairie et dites: "'jour madame, vous auriez vérole, cancer et compagnie ?" Pour voir... Bon, ça, c'est pour rire ! Pas le livre. Le livre, lui, est très sérieux. Il nous parle des maladies... Des maladies infectieuses, [...] Lire la suite
Quatrième de couverture • Repéré par Christian Marchal • Extrait du livre • Présentation de l'auteur
Quatrième de couverture
Qu’elles sévissent sur un mode épidémique et dévastateur ou qu’elles tuent en silence, les maladies ont toujours été intimement liées au destin des hommes. Elles ont déchu des rois, changé le cours des guerres, anéanti des civilisations. Leur histoire est notre histoire.Mais la nature et la distribution des maladies évoluent dans le temps et l’espace. La pathologie de la Grèce antique n’est pas celle du Londres de Dickens, et les maladies endémiques au Burkina Faso n’ont guère d’incidence à Genève. Leur fréquence et parfois même leur apparence changent selon le contexte écologique et l’impact des activités humaines. La peste ou la syphilis jadis, le sida ou le cancer aujourd’hui, en offrent des exemples probants.
Sur les traces de Mirko D. Grmek, célèbre historien de la médecine, ce livre richement documenté montre comment les maladies interagissent. Elles forment un ensemble cohérent structuré par des équilibres internes, l’incidence de l’une dépendant de celle des autres et des conditions que leur offre une société donnée. L’analyse de ces équilibres et de leurs variations permet de mieux comprendre les pathologies d’aujourd’hui.
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D'abord Lambert montre qu'il est bien difficile de définir la maladie. Qu’est-ce qui importe? Le malade et sa souffrance ? Les signes cliniques ? Les désordres cellulaires ou moléculaires ? Pas si facile. Après tout, n'est-on pas allé jusqu'à médicaliser, voire pathologiser des âges de la vie : l'adolescence, la ménopause, l'andropause ? (quel avenir radieux pour le Viagra !!!)
Suivent de longs et captivants chapitres à tonalité historique : d’où viennent les maladies (avec la syphilis comme exemple dominant) puis « consultations historiques ». Certains historiens ayant tenté une histoire du climat, pourquoi ne pas faire celle des maladies ? « Car pour qui sait y voir, la petite fenêtre de la pathologie s'ouvre sur les dessous de la civilisation ».
Quoi d'autre ? La comorbidité, vous connaissez ? Et la pathocénose ? La paléopathologie ? Non plus ?
Ben dites donc !!... Pourtant, c'est passionnant. Et la place de l'homme dans les maladies qui l'affligent ? Prenons un exemple. D'un point de vue étroitement scientifique, le sida est le résultat de l'infection par le V.I.H. Certes, certes, mais enlevez l'avion, les transfusions, la toxicomanie par voie intraveineuse ou la sexualité à partenaires multiples... pas d'épidémie possible.
Ce bouquin m'a vraiment captivé. Ceci dit, pour qui comme moi n'est pas versé dans la médecine, il n'est pas toujours simple. Autant le savoir. Autant savoir aussi que Lambert est un ennemi acharné du paragraphe. Il peut écrire 3 ou4 pages de rangs sans passer à la ligne...
Oui mais quel plaisir de comprendre... quel plaisir aussi de lire des lignes comme « Si la lèpre et la tuberculose paraissent comme deux sœurs qui se disputeraient un héritage, l'alliance du bacille de Koch et du virus du sida s'apparente plus au mariage de la carpe et de l'oursin. Très différents par leur structure, les deux agents n'en forment pas moins un modèle de synergie assassine ».
On le voit, on le lit, Lambert n'est pas qu'un médecin.
Si ça vous a plu, lisez aussi HISTOIRE DU SIDA de Mirko Grmek (historien de la médecine mort en 2000 dont Lambert est une sorte de disciple).
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Extrait du livre
On ne parlait plus que de ça. Quelques mois auparavant, personne n'aurait misé le moindre euro sur le projet et maintenant on aurait cru sa fortune faite avant même de juger sur pièces. Tout le monde voulait visiter PathoLand. Les journaux qui s'étaient procuré des photos en avant-première avaient doublé leur tirage, des équipes de télévision faisaient le pied de grue devant l'entrée du parc. Pas moyen d'ouvrir un poste de radio ou de télévision sans être assailli d'un flot de commentaires plus dithyrambiques les uns que les autres. Et tout ça pour quoi ? Pour voir des maladies ! Comme si, en plus d'en souffrir, il fallait maintenant les admirer...Il faut croire que le plan Scie Tech 2025 avait réussi au-delà de tout espoir. Pour endiguer la désertion des filières scientifiques, le ministère de la Recherche et de l'Enseignement supérieur avait mobilisé tout ce que le pays comptait d'agences de conseil et d'experts en communication. L'ordre de mission tenait en une phrase : dépoussiérer l'image du scientifique, faire du savant une star, motiver la jeunesse, l'intéresser, divertir pour donner l'envie de comprendre, d'apprendre. Les cités des sciences avaient poussé comme des champignons, mais de Paris à Tokyo et de Valence à Canberra, elles avaient fini par lasser. Les cinémas 3D, les vaisseaux spatiaux, les dômes, les plongées en bathyscaphe, toujours les mêmes clichés usés, battus et rebattus. On commençait à se sentir à l'étroit dans la rationalité de ces disciplines qui ne passionnaient plus. C'est Claude Bering, le chef de cabinet du ministre, qui a proposé un parc d'attractions médical, sans doute parce que la pénurie de personnel soignant inquiétait plus que toute autre. Au départ, l'idée avait séduit. On envisageait de construire une BioCité que les visiteurs auraient sillonnée en capsule lymphocytaire et où, affublés d'un scaphandre nucléotidique, ils auraient pénétré dans une cellule truffée de molécules lancées à la vitesse d'un TGV. Matignon avait immédiatement suivi et Bercy avait débloqué les fonds sans même jeter un coup d'oeil aux lignes budgétaires. Rien n'était trop beau pour sauver les disciplines scientifiques, l'un des trois programmes prioritaires d'un président en chute libre dans les sondages.
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Présentation de l'auteur
Il est également membre associé du centre Cavaillès
de recherche sur l'histoire des sciences (Ecole Normale Supérieure de Paris)
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